Si « Kafkaesque » - nouvel épisode de « Breaking Bad » - possède une intrigue avare en actions, cette dernière se révèle - en revanche - prolixe en paroles ! Mais avec Leonel et Marco Salamanca - définitivement mis hors d'état de nuire (cf. les deux derniers épisodes) et Hank Schrader - l'agent du « DEA » et « Némésis » du duo de truands mexicains - qui émerge lentement du coma, comment pourrait-il en être autrement ?
Protagoniste cérébral, Walter White s'exprime davantage avec son esprit qu'avec ses poings (sauf à de rares occasions) et Jesse Pinkman – son acolyte autodestructeur – ne s'inflige du mal qu'à lui-même ! Marie Schrader est bien trop affligée par les affres que traverse son époux pour réagir ; quant à Gustavo Fring – le gérant du « Los Pollos Hermanos » - l'expression même de réactions épidermiques lui est étrangère et ne colle nullement à la mentalité de son personnage.
En fait, la surprise de ce présent rendez-vous provient du changement de comportement psychologique qu'adopte Skyler Lambert-White. L'épouse du chimiste effectue une volte-face inattendue, qui prend de surprise – même et surtout – ce dernier, pourtant passé maître - commerce illicite oblige - dans l'art de manipuler ses proches ! Face à l'incapacité de sa sœur à financer l'ensemble des frais hospitaliers et de rééducatifs, dont doit bénéficier son mari invalide, la sculpturale mère de famille propose à son ainée de prendre en charge la totalité des dépenses.
D'abord dubitatif devant les assertions autoritaires de sa conjointe, Walter devient complètement aphone quand Skyler – afin d'expliquer la provenance des fonds substantiels – avoue à Marie que son mari est un joueur invétéré et qu'il a gagné d'importantes sommes d'argent en misant au casino ! En ce qui la concerne, si son beau-frère se retrouve dans ce piteux état, la faute en incombe à Walter et il n'est même pas question pour lui de discuter des termes du contrat.
D'ailleurs la fin de « Kafkaesque » - qui tombe comme le couperet d'une guillotine - empêche toute poursuite de discussions entre les membres du couple ! Du coup, le « CDD » juteux de trois mois - que le chimiste a signé avec son employeur - prend la forme d'un contrat à durée indéterminée. De quoi faire péter les plombs à Walter, qui lâche la pression en roulant à vive allure - et au puéril de sa vie – sur les routes, heureusement presque désertes, de l'état du Nouveau-Mexique.
Le téléspectateur note l'amusant prologue qui ouvre l'épisode. Il consiste en une parodie de publicité vantant les mérites de la franchise « The Chicken Brothers », « Les Frères Poulets ». Cette dernière s'inspire des stratagèmes narratifs qu'utilise le procédé du « storytelling » : « Racontez une histoire ! Soyez bref ! Soyez émouvant ! » (à cet effet, il faut lire l'édifiant ouvrage de Christian Salmon, « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits », publié aux éditions « La Découverte »). De plus, la page publicitaire se présente comme une ode au capitaliste triomphant, quelle que soit la marchandise que le système propose ; que ce soit de la nourriture hispanique ou des cachets d'amphétamine ! Véritable « mise en abyme », le thème récurrent de la liberté d'entreprise – et des profits que ses destinataires peuvent en retirer – revient, comme une antienne, au cours de la narration de l'épisode.
Si les scénaristes se succédant sur les intrigues de « Breaking Bad » jouent sur « l'ironie du sort » - véritable marque de fabrique du programme - la seule ombre au tableau provient – avec le temps – de la présence du personnage de Jesse Pinkman. S'il est vrai qu'il exerce le rôle de « poil à gratter », dans le dos de Walter White, la nécessité de le maintenir au sein du programme se pose souvent. Ses apparitions itératives – notamment lors des séances de thérapie auxquelles il participe – sont légèrement pesantes et freinent inutilement le déroulement de l'action « verbale » !
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