dimanche 22 mars 2009

« Dollhouse » : « Stage Fright » et « Gray Hour » (épisodes 3 et 4)


Un épisode après l’autre, l’espoir placé dans « Dollhouse », la nouvelle œuvre de Joss Whedon s’estompe. Que reste-t-il de cette attente une fois les épisodes 3 et 4 visionnés ? Le spectateur a légèrement le sentiment que les événements les plus importants se déroulent toujours hors-champs. Les situations les plus excitantes sont toujours à venir, comme autant de promesses en suspens, à l’image de la fameuse Arlésienne dont on parle, mais que l’on ne voit jamais. Nous n’en sommes qu'au premier tiers de la première saison. Cela correspond au premier acte d’un long métrage, « l’exposition », en terme narratif. Le show ne peut griller toutes ses munitions dès le départ ; il doit se préserver pour la suite. Mais voila ! Une série télé, ce n’est pas un film. Le spectateur est exigeant et capricieux. Il veut TOUT, et il le veut MAINTENANT ! Sinon, il zappe. De guerre lasse, il continue de visionner - parfois presque subir - les épisodes les uns après les autres, la bave aux lèvres. Non pas celle écumante née de l’excitation, mais celle qui coule en un mince filet quand on sommeille.

On peut facilement oublier « Stage Fright » (que l’on peut traduire par « Peur en coulisses »). Cet épisode 3 est poussif et ennuyeux. Il n’est qu’un tribu que la série paye à son audience la plus « midinette ». L'action se déroule dans le milieu de la chanson pour pétasses écervelées genre « Britney Spears ». Le scenario y fait référence, au détour d’une ligne de dialogue, à propos d’une « tête que l'on se rase ». Echo doit protéger une chanteuse black de « variétoche » sommairement vêtue, Rayna Russell. Sa vie est menacée par un fan qui veut la tuer sur scène. En ce qui la concerne, il n’y a pas meilleur endroit où mourir, fauchée dans la fleur de l’âge. Il s’ensuit un laïus un peu creux sur la proximité entre une chanteuse adulée et modelée par les fantasmes et les attentes de son public et une « Doll » à qui on a implanté une personnalité qui n’est pas la sienne. Toutes deux sont les jouets d’une volonté extérieure.

Derrière l’apparence superficielle de cet épisode se cache l’allégorie du processus créatif et de la position du créateur, hissé malgré lui sur un piédestal. N’est-ce pas le fan(atique), l'inconditionnel de Joss Whedon, qui surveille, tapie dans la pénombre, - celle de la pièce d’où il visionne les séries - les agissements de sa « Star » ? Il possède autant le pouvoir de lui décocher une flèche d’amour, s’il est armé de l’arc des louanges, que d’une balle de haine, s’il est, au contraire, équipé du fusil à lunettes de la déception !

L’épisode 4, « Gray Hour », développe une trame plus adulte et plus captivante. Echo prend part a une équipée tarabiscotée dont le but consiste à subtiliser une frise sculptée dérobée au monument grec du Parthénon. L’épisode possède les travers désormais constitutifs de la série : il foisonne de questionnements divers dévoilés ultérieurement et, pour un programme qui se positionne sur le créneau de l’action, il est sacrement bavard. Paradoxalement, c’est le personnage de Sierra - interprété par l’étrange Dichen Lachman - qui tire ici son épingle du jeu. Elle possède une présence vraiment convaincante et elle coiffe littéralement Echo (ainsi que son actrice) au poteau.

Les épaules D’Eliza Dukush sont décidément trop étroites pour supporter un programme qui se veut - ou, devrais-je dire, que le spectateur espère - comme une œuvre d’envergure. La pauvre enfant manque du charisme que nécessite la série ; elle semble dépassée par sa mission. C’est cette dichotomie, attente déçue/résultat mitigé qui, au final, est source de déception chez le spectateur. Il a le sentiment qu’un potentiel est présent, mais qu’en définitif, il est gâché.

Pour en revenir à notre histoire d’attente déçue et de bave qui coule, le spectateur arrive à la fin de l’épisode, un peu somnolent et, à l’instar des « Dolls » de la série, il questionne : « Did I fall asleep ? ».

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