Will Schuester, un jeune professeur d'espagnol idéaliste souhaite inculquer à ses élèves des valeurs autres que celles de l'enseignement. Devant le désintérêt que la plupart d'entre eux témoignent au système éducatif, il décide de relancer la chorale de l'école (le « Glee » du titre). Loin d'être sectaire, l'enseignant souhaiterait qu'une large frange y participe ; mais seuls les « mal-aimés » apposent leur nom sur le formulaire d'inscription. Devant ce constat de demi-échec, il tente d'y faire participer aussi le clan des sportifs, mais en vain. Ses efforts seront tout de même récompensés quand Finn Hudson, un joueur de football talentueux - et en pleine remise en question, se joint à la petite troupe vocale.
A la vision du pilote de cette toute nouvelle série produite par la Fox, le spectateur aura rapidement saisi le message que le créateur de « Glee » désire faire passer. Ryan Murphy, déjà « showrunner » sur « Popular » et sur le très cynique « Nip/Tuck », nous livre ici sa vision d'une Amérique très 50's, enfin réconciliée avec elle-même et avec toutes les facettes qui la compose, quelles soient raciales, sexuelles ou autres. Will Schuester est une version blanche et professorale de Barack Obama. A l'image du récent président, l'enseignant souhaite - à travers une nouvelle orientation, ici éducative - remettre les valeurs humaines de partage, de fraternité et de tolérance - littéralement - sur le devant de la scène.
Le combat politique que se livre Démocrates et Républicains dans l'arène politique se retrouve transposé au monde enseignant. Le professeur d'espagnol et sa petite troupe hétéroclite - composé également d'un transfuge - appartiennent au premier camp. Des forces antagonistes - et forcement malveillantes, qui se référent au second - sont à l'œuvre et vont tenter de saborder les projets. Ces mêmes influences ont obérer les chances du « quaterback » de profiter plus longuement de la présence de son père.
Par un effet de « morphing » basique, une scène de « flash-back » nous présente l’enfance de Finn Hudson. La photo de son père, militaire de carrière mort en Irak, est encadrée de celles, niaises, de George Bush Senior et de W. On comprend que son père a été victime de tirs ennemis, mais surtout, des politiques suicidaires et irresponsables de la famille Bush lors des guerres du Golf, I et II. Un père de substitution - totalement à l’opposé - a remplacé alors le géniteur de Finn dans sa vie, en la personne d’un jardinier cool, probablement fumeur de marijuana et pacifiste, de surcroit. Le garçon nous apprend que cet homme lui a inculqué l’amour de la musique. Bizarrement, ce dernier réapparait, à la toute fin de l’épisode, apparemment épargné par les assauts du temps.
Encore une fois, le sujet est appréhendé à travers les yeux des résidents de la classe moyenne de la banlieue blanche américaine. Les protagonistes de Glee sont de très proches voisins de la famille Gregson (« United States of Tara »), de par leurs problèmes et leurs aspirations, le tout saupoudré d'une touche de métaphysique toute américaine.
L'approche narrative développée dans la série est volontairement caricaturale, pour ne pas dire manichéiste. On a du mal à envisager que ce parti-pris scénaristique constitue, néanmoins, une fin en soi. Cette orientation simpliste est abordée, à dessein, afin de mettre en place, dès le pilote, tous les éléments nécessaires à la compréhension immédiate de l'intrigue. Elle peut, bien évidemment, agacer ou rebuter certains spectateurs.
Ainsi, les membres qui composent la chorale représentent un défilé de clichés du genre, mille fois rebattus au cinéma ou à la télévision, depuis que ces deux medias existent. sOn retrouve pêle-mêle : Mercedes Jones, la black enrobée mais désinhibée qui vocifère de la musique « Soul » avec une voix de stentor, Kurt Hummel, l’efféminé véritable petite peste narcissique, Arty Abrams, l’handicapé sur son fauteuil roulant manuel, Tina Cohen-Chang, l’asiatique, bègue de surcroit qui retrouve tous ses moyens dès quelle se met à chanter et le couple de tourtereaux, pas encore formé, représenté par Rachel Berry, une chanteuse et danseuse perfectionniste et autoritaire et - enfin et surtout - Finn Hudson, le joueur de football américain, qui vire sa cuti en abandonnant son entrainement sportif pour rejoindre l’équipe de la chorale.
On se doute - et on espère - que la situation se complexifiera au cours des prochains rendez-vous. Déjà, des le premier épisode, des éléments tendancieux nous mettent la puce à l'oreille.
J’ai eu du mal à définir la teneur d’une scène très symptomatique. Quand Rachel Berry appose son identité sur le formulaire d’inscription de la chorale, elle fait suivre son nom et son prénom, d’une gommette en forme d’étoile de couleur or. Traduit en anglais, cela donne « goldstar », terme à la consonance évidente. Par cette action, qui n’est pas anodine, Rachel - s’il en était d’ailleurs besoin - affiche ainsi sa judaïté de manière très ostentatoire. Dans la séquence suivante, un élève bourrin lui jette violemment au visage le contenu de son gobelet, rempli d’un liquide épais de couleur rouge. La vision de sa figure dégoulinante m’a immédiatement fait penser à l’intitulé d’un documentaire sur la mouvance des suprématistes blancs aux Etats-Unis, « Blood in the Face », Le film - inspiré d’un roman du même nom, écrit par James Ridgeway - a été réalisée par Anne Bohlen, avec la participation du cinéaste Michael Moore. Surtout que cette scène se réitère une seconde fois.
Quand Rachel va se plaindre de son agression auprès du Directeur de l’établissement, ce dernier - un indien qui répond au nom de Higgins - lui tend de manière froide et indifférente, une boite de mouchoirs blancs, sans sembler particulièrement concerné par son sort. L’intrigue ne dit pas ouvertement qu’elle n’est pas appréciée à cause de sa judaïté, mais les présomptions sont assez fortes pour le laisser penser. De plus, Rachel est en butte à la petite amie du footballeur, Quinn Fabray, caricature incarnée de la petite blanche WASP, qui enjoint, en pleine séance de tripotage amoureux, son copain à prier avec elle.
Il est de notoriété publique que Ryan Murphy appartient à la communauté homosexuelle. Bien que cela ne soit pas rédhibitoire, cela se ressent terriblement à différents niveaux de la série. Une scène est particulièrement symptomatique de l’orientation sexuelle du créateur. Le professeur d’espagnol tombe littéralement en pamoison quand il découvre le bel organe du footballeur, qui chante sous la douche. En parlant d’organe, je veux bien sûr faire allusion à la voix puissante et limpide du sportif.
Le sujet abordé dans « Glee » est assez proche de celui de « Popular », autre programme mythique créé par Ryan Murphy et qui aura connue deux saison. Cette série orientée « ado » narrait les aventures de deux lycéennes que tout séparait et qui allait découvrir - qu’en dépit des apparences - elles possédaient beaucoup de choses en commun. Une cohabitation forcée allait minimiser ce contraste. Encore une fois, le thème de la différence et de l’acceptation d’autrui dans son altérite est ici abordé. Dans « Glee », ce n’est pas un duo amical qui se créé, mais une alliance amoureuse qui se dessine entre un sportif adulé et une « intello » impopulaire.
Avant même sa première diffusion en deuxième partie de « American Idol », un programme musical à l'approche similaire, le 19 mai dernier, « Glee » bénéficiait d'un « buzz » très positif. Le titre de la série - qui signifie en anglais «joie », « jubilation » ou « allègresse » et le sujet - jovial et ludique qui s’y rapporte - n'est pas étranger à cette perception enthousiaste.
En dépit de quelques craintes, les parties chantées qui animent le programme sont peu nombreuses et très courtes. Elles ne sont utilisées qu’à titre secondaires et elles s’intègrent bien à l’histoire.
Malgré ces réticences de façade, « Glee » - programme « bubble-gum » - n’est pas désagréable à regarder. Une seule question vient à l’esprit ! A l’image des publicités qui vantent la longévité de certains « chewing-gum », il reste à découvrir combien de temps va s’écouler avant que son gout agréablement sucré ne disparaisse ?
mardi 5 mai 2009
« Glee »: Pilote
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