Pour une société que les médias décrivent comme peu encline à accepter les différences, les membres de la communauté « WASP » dans laquelle Tara Gregson évolue font preuve à l’égard du « trouble de la personnalité multiple » (terme psychiatrique consacré) qu’elle manifeste d’une largesse d’esprit insoupçonnée. Bien sûr, Barack Obama est passé par là, mais je doute que l’aura positive qui émane de sa personne a pu avoir une action apaisante aussi déterminante et aussi rapide auprès de la population américaine. Voisins, amis, relations acceptent les différences de l’infortunée mère de famille avec une facilité déconcertante. Trop déconcertante, peu crédible mais surtout scénaristiquement décevante !

La famille Gregson n’est pas davantage une famille dysfonctionnelle. Les membres qui la composent sont plutôt réfléchis. Le fils, bon élève, est légèrement homosexuel, la fille est gentiment révoltée, le père semble être un entrepreneur aux tarifs raisonnables. Tara, elle-même, n’est pas une émule de Valérie Damidot. Elle est une décoratrice d’intérieur respectueuse des environnements dans lesquelles elle intervient.

Les troubles psychiatriques aussi handicapants que ceux de Tara devraient donc poser problèmes aux deux cercles - intérieur et extérieur - auxquels elle est confrontée. Que nenni ! Tara pratiquerait l’art du macramé ou une activité aussi anodine, que son entourage n’en serait guère plus indisposé ! Tous semblent avoir atteint un degré de « zénitude » que même le Dalaï-lama envierait.

L’hypothèse de départ – l’essence même de la série - est un catalyseur des plus intéressant. Tara suspend son traitement médical pour constater si elle est capable de gérer ses troubles sans l’aide de psychotropes. Le spectateur est alors en droit de s’attendre à un énorme clash ! Le pauvre n‘écope que d’un pétard mouillé à la détonation bien inaudible.

Sans être « script-doctor », il a conscience que la force d’un scénario réside dans les tensions qui existe dans son traitement. Des antagonismes découlent des situations conflictuelles, des confrontations naissent entre les protagonistes. Comme dans la vie quotidienne. Le reste résulte d’une alchimie complexe afin que le résultat final ne sombre pas dans les clichés et la caricature facile.

La série ne possède rien de tout cela. Les épisodes débutent et se terminent pauvrement sans que rien de décisif ne s’y déroule. La vie semble être un long fleuve plutôt tranquille pour la famille Gregson. Evidemment, Tara n’est pas une dangereuse « psycho-killer » ; les troubles dont elle souffre n’atteignent pas de tels sommets de démence. Même si, comme pour paraphraser l’autre, « il n’y a pas de folie douce ». Dans ces conditions, quelle est l’intérêt d’avoir développé cette série ? Dans quel sens peut-elle évoluer, de même que les personnages qui la composent et l’animent ?

Diablo Cody, la scénariste, après avoir eu une excellente idée de départ, n’exploite pas entièrement le potentiel de son sujet. Son traitement scénaristique est tiède, voire inexistant. Elle ne sait pas quoi faire du bébé dont elle a accouché. Elle reste là, figée, avec son scénario dans les bras.

La créatrice semble ne pas vouloir donner un aspect exagéré aux troubles psychiatriques de Tara. Elle refuse d’aborder le sujet sous l’angle de la dérision ou de l’exagération. Elle navigue entre deux eaux, ce qui n’est jamais bon. Si telle est sa volonté, pourquoi ne pas réaliser un documentaire sur ce sujet ?

En tant que spectateur européen, nous sommes friands des sempiternels poncifs sur l’« American Way of Life » et sur cet étrange peuple états-unien. Il en est de même quand nous foulons le sol de ce pays. Les voyages ne sont que cela. La confrontation avec des clichés, pour découvrir, dans quelle mesure, ces derniers sont avérés. Nous sommes déçus d’une attente qui n’a pas été satisfaite. Nous nous attendions à un traitement à l’image des States , « bigger than life ». Hélas, le résultat possède le goût de la cuisine américaine, le plat a une saveur quelconque.

Showtime vient de commander une seconde saison de «United States of Tara » alors que la première n’est pas encore achevée. Si Diablo Cody désire que le public reste attentif à son show, elle et son équipe ont intérêt à se mettre au travail pour nous offrir un spectacle plus consistant.