Série policière atypique, « The Forgotten » tente de renouveler le genre policier usée jusqu’à la trame. Elle remplace les forces de l’ordre par un groupe de détectives amateurs qui enquêtent sur des meurtres non résolus. Alex Donovan (Christian Slater) dirige un groupe de citoyens lambda qui appartiennent au réseau « Identité ». Sa mission est de nommer la cohorte de « Jane et John Doe » - pantonymie utilisée pour désigner des personnes inconnues - que les enquêtes de police n’ont pas réussi à identifier. L’activité du groupe se rapproche davantage d’un travail de mémoire, que de celui d’une vulgaire procédure judiciaire.
Lorsqu’une série estampillée du logo « Jerry Bruckheimer/Jonathan Littman » se termine - en l’occurrence, il s’agit de « Dark Blue », diffusée sur la chaîne « TNT » - un autre de leurs projets prend le relais. Avec cette nouvelle série « ABC », le duo ne change pas une équipe qui gagne ! A l’inverse des victimes inconnues sur lesquelles notre équipe enquête, les productions « JB » sont identifiables de loin. Déjà au niveau de l’esthétique – images léchées, avec des dominantes métalliques, mais aussi de la musique – celle de « The Forgotten » est signée de l’australien Graeme Revell, tout comme celle de « Dark Blue », d’ailleurs, mais surtout, de la trame scénaristique. De nouveau, la touche spécifique du nabab se fait ressentir ici, à savoir un mélange de pragmatisme et d’emphase.
« The Forgotten » utilise le procédé narratif développé par Billy Wilder dans son film « Sunset Boulevard ». Pour ce pilote, le mort – en l’occurrence il s’agit ici d’une jeune adolescente - ne raconte pas son histoire du fond d’une piscine, mais des abords d’une autoroute, où son corps a été abandonné par son meurtrier. Cette particularité géographique lui vaut d’ailleurs l’appellation de « Highway Jane ».
Autour d’Alex Donovan – un ancien inspecteur de police - gravite une équipe aux personnalités hétéroclites et aux cheminements divers. S’ils appartiennent à des couches très différentes de la population, ils ont tous en commun d’avoir perdu un proche parent, dont la police a été incapable de retrouver le corps. C’est cette forte motivation qui les pousse à agir et à mettre, parfois, leur vie en danger.
Si l’idée de départ qui sous-tend la série est intéressante et que son esthétique générale est irréprochable, c’est en abordant la problématique plus en profondeur que l’affaire se corse. En effet, cette histoire de détectives amateurs, qui arrivent à résoudre des enquêtes quand la police montre ses limites (« Dix-sept l’année précédente », dixit Lindsey Drake, une collègue de l’ex-inspecteur), se révèle peut crédible. Si Donovan et sa bande sont épaulés dans leur mission par une Lieutenant des Homicides aussi dévouée que patiente, les moyens dont ils disposent sont dérisoires par rapport à ceux utilisés par l’institution judiciaire. Le groupe rallie à sa cause un jeune artiste sculpteur, quelque peu rebelle, qui arrive à façonner, d’après photos, un buste très ressemblant de la victime. L’enquête se mène de manière très linéaire et nos limiers écument des pistes déjà arpentées. Sans accréditation légale, ni badge frappée à l’effigie de la « Boston Police Department », ces derniers parviennent à délier les langues avec une facilité déconcertante.
En plein milieu d’épisode, l’empreinte emblématique de « JB » se fait de nouveau ressentir. Un rebondissement inattendu relance l’enquête dans une direction différente. Ce changement de cap permet, d’abord de donner du fil à retordre à nos détectives, mais aussi de réveiller l’intérêt quelque peu assoupi du téléspectateur. Dès le pilote, et en dépit de l’originalité du sujet, « The Forgotten » montre les limites de son système.
La scène de clôture de l’épisode, bien que minimaliste, est très poignante. Une fois l’enquête résolue et le meurtrier sous les verrous, Donovan et les membres de son équipe se rendent sur les lieux de l’inhumation, afin de rendre un dernier hommage à la mémoire de l’adolescente. En retrait, pour ne pas déranger les parents et amis qui se recueillent autour de la tombe, la mère de la jeune victime rejoint le porte-parole du groupe. Madame Benedict le remercie d’avoir ramené Tracey chez elle et d’avoir mis un terme à son angoisse et à celle sa fille cadette. Encore une fois, l’arrestation du coupable est secondaire devant la véritable mission du groupe qui est de redonner leur identité aux victimes. En agissant ainsi, Donovan et les siens font, d’une certaine façon, également leur propre travail de deuil.
Egalement très convaincante - mais sur un plan beaucoup plus graphique, la séquence d’introduction rappelle celle du long-métrage « Les Ailes du désir ». A travers un épais tapis de nuages, qu’elle écarte au fur et à mesure de sa descente, la caméra survole la cité tentaculaire de Boston. L’autoroute, et ses circonvolutions, conduit l’œil du téléspectateur vers les buildings à l’architecture écrasante. A leurs pieds, des sans-grades, tête baissé et mine triste, se pressent vers des destinées aussi grises qu’aliénantes. Même en vie, ils sont déjà des « John » et des « Jane Doe ». Les membres du réseau des « Oubliés », telles les créatures ailées du film de Wim Wenders, vont révéler leur humanité.
mercredi 23 septembre 2009
« The Forgotten » : « Pilote »
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