Surfant sur le succès rencontré au Royaume-Uni par leur franchise « Little Britain » (dont les premiers débuts datent de 2003) - à savoir une émission de radio, trois saisons de la série, des prestations en public, etc - David Walliams et Matt Lucas - « les showrunners » - ont décidé de faire accomplir à leur création une traversée de l'Atlantique. Adaptée pour la chaîne « HBO » en 2008, « Little Britain USA » consiste en une unique saison formée de six épisodes. Une deuxième livraison était annoncée, qui n'a jamais vu le jour ! Malchance ou aubaine ? Les réponses divergent en fonction de l'appréciation du contenu de la série ! Cette adaptation d'une comédie à sketches au marché américain est considérée comme une quatrième saison de « Little Britain », pour certains (dont les créateurs), et comme une « spin-off » pour d'autres.
Hormis d'avoir créés la série et ses différentes versions, David Walliams (l'acteur le plus grand et le plus svelte) et Matt Lucas (le plus petit et le plus rondouillard) interprètent - dans les versions « UK » et « USA » - de très nombreux personnages, comme cela a été le cas pour leur compatriotes de la série comico-fantastique « Psychoville ». Ainsi dans « Little Britain USA », les deux acteurs reprennent respectivement leur rôle fétiche de Lou Todd et d'Andy Pipkin, un duo de touristes britanniques typés, qui débarque dans un motel coloré du Mississippi. Si les deux personnages appartiennent au sous-prolétariat anglais, le second simule un paraplégie, afin de profiter pleinement du dévouement que lui distille le premier.
Mais les deux olibrius ne sont pas les seuls à s'acquitter du voyage, puisque d'autres protagonistes de la série d'origine tentent aussi leur chance en Amérique. Marjorie Dawes s'en va combattre le fléau de l'obésité dans le pays des « fast food ». Carol Beer – dorénavant réceptionniste dans un hôpital - emmène dans ses bagages indifférence et irrespect à l'encontre des usagers. Sebastian Love, le Premier Ministre britannique et gay – qui rappelle un Tony Blair soumis, face à l'autorité suprême américaine – fait du gringue aux président des U.S.A. Afro-américain séduisant, il préfigure - avant l'heure – le sémillant Barack Obama. Interprété par Harry Lennix, l'acteur endosse un rôle à contre-courant de celui qu'il joue dans la série « Dollhouse », en tant que Boyd Langton, le « chaperon » d'Echo et chef de la sécurité. N'oublions pas Emily (Eddie) Howard, l'improbable travesti haut en couleur. D'autres personnages - moins réussis - comme Bubbles DeVere (la « grosse baleine » désargentée), Vicky Pollard (l'adolescente atteinte de logorrhée) ou Daffyd Thomas (l'étudiant homosexuelle) font également partis de la distribution.
Je délivre quelques mentions spéciales à de nouvelles créations du duo Walliams/Lucas, rejoints sur la production par Ben Silverman et Simon Fuller. Ellie-Grace est une enfant pour qui les termes pornographiques les plus crus n'ont plus de secret ; Bing Gordyn - le huitième astronaute à avoir marché sur la lune – est avide de reconnaissance et Phyllis Church est la maîtresse d'un petit chien d'agrément qui la pousse à commettre les actes les plus dégradants en public !
La voix « off » - très chaude et très « british » - de l'acteur Tom Baker représente l'indispensable touche narrative du récit. hormis d'introduire les protagonistes du « show », ses propos éclairent le téléspectateur sur les aspects des deux peuples aux nombreuses similitudes. S'ils partagent de très nombreuses caractéristiques avec leurs « parents » du « nouveau-monde » – la langue et une histoire commune n'étant pas des moindres – la confrontation des deux univers connait souvent des accrocs et la cohabitation ne se déroule pas toujours sous des auspices pacifiques ! « Little Britain USA » est une série parodique qui tracent à grands traits dévastateurs les travers du peuple américain comme un engouement phallique pour les armes, un équivoque culte du corps, une passion dévastatrice pour la chasse, etc. Si certaines séquences atteignent leur cible, l'audience reste dubitative quand elle en affronte d'autres d'une balourdise indigeste !
Si dans la version anglaise, certaines vedettes n'hésitent pas à « se compromettre » dans le programme – la moindre n'étant pas Kate Moss, la célèbre top-model britannique – l'adaptation américaine n'est pas en reste. Elle voit Sting « mouiller sa chemise », blanche et bouffante, au cours d'un sketch de fin d'épisode. Durant une prestation scénique en comité réduit, essentiellement féminin, il interprète – aux côtés d'Emily Howard enthousiaste – une version cacophonique de « Fields of Gold », qui se termine par un baiser langoureux. La preuve que le bel artiste – à l'image du séduisant George Clooney, dans les comédies des frères Coen - sait se moquer de son image. Rosie O'Donnell - une autre personnalité, certes moins connue que l'ancien chanteur du groupe « Police » - n'est pas en reste. L'actrice va même encore plus loin dans l'auto-dérision. Dans le pilote, elle laisse le personnage de Marjorie Dawes se gausser, non seulement de son obésité (toute relative, d'ailleurs), mais surtout de ses orientations sexuelles – la comédienne est ouvertement lesbienne. A cette dernière, qui lui réplique que sa manière de se comporter à l'égard de ses élèves est rude et raciste, mais surtout franchement « dégueulasse », la cynique enseignante lui rétorque que cela ne l'est pas davantage que « pour une femme, de lécher le sexe d'une autre femme » !
Visionnable pratiquement en une seule traite – les épisodes ne durent que trente minutes et sont facile d'accès - « Little Britain USA » démarre très fort par un « pilote » vraiment hilarant ! Hélas – au fur et à mesure de sa progression – la série perd de son mordant humoristique pour s'enfoncer dans un comique de répétition, parfois peu inspiré. Comme les personnages qui émaillent les différentes scènettes sont de consistance variable, les séquences sont également tantôt cocasses, tantôt désolantes ! Mais si on la compare à la piètre qualité de la majorité des productions britanniques ou des malencontreuses adaptations au marché américain, la création de David Walliams et Matt Lucas tient - dans sa grande majorité - la route. Elle permet, en tout cas, de passer un très agréable moment de rire et de détente !
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