mardi 30 juin 2009

« Hung » : « Pilote »


Arrivé au pied du mur de la quarantaine, Ray Drecker, une ex-gloire de basket-ball, actuellement entraineur dans un lycée de banlieue, se demande où sa vie a bien pu s’envoler. Divorcé, il a la garde alterné de deux adolescents empâtés, une Darby qui découche et un Damon, qui rejoint le mouvement gothique. Le trio partage la maison familiale de Ray, une sorte de cabane de pionnier qui résiste à l’assaut de la modernité. Une nuit, un incendie déclare sa flamme et détruit une partie de l’édifice. Comme le dit la « catch-phrase » de « Hung », « Desperate times call for desperate measures » ou comment, à partir de ce moment fatidique, Ray décide qu’il est enfin temps de saisir le taureau par les cornes.

Le monde des séries américaines n’en finit plus de nous offrir des histoires qui traitent de la chute et de la rédemption de ses protagonistes. Le thème de la « seconde chance » représente une véritable mine d’or pour les scénaristes du pays. Ici, le sujet est abordé à la manière inimitable de la chaine « HBO », c'est-à-dire de façon « couillue », c’est justement le cas de le dire. Ray Drecker est en cela un Américain typique, puisqu’il utilise ce que la nature - ou Dieu, selon ses convictions - a mis à sa disposition. L’homme est doté d’un pénis d’une taille conséquente, si l’on en croit les réactions à chaud de ses amantes.

L’introduction de ce pilote est une parfaite « mise en abyme » de ce à quoi va tendre l’existence de Ray Drecker. Notre personnage déambule en costume de ville dans une cité moderne envahie de symboles phalliques. Une sculpture monumentale représentant un avant-bras se termine par un poing fermé et vindicatif, des tours gigantesques et agressives montent vers le ciel, une automobiliste étonnée fait le plein de sa voiture familiale, etc. Jusqu’à la chute finale du plan de présentation qui montre Ray se jetant littéralement à l’eau, dans la rivière qui borde sa modeste habitation. Il barbote dans le courant en tenue d’Adam et il toise le spectateur d’un air déterminé et entendu.



La décision de Ray Drecker d’utiliser son sexe comme « instrument de conquête » représente pour lui une sorte de retour à la nature et aux temps immémoriaux. Ce spécimen de la gente masculine a du mal à trouver sa place dans un monde féminisé où l’intellect a pris le pas sur la force brute. Les nombreux plans d’une Amérique industrielle, vestiges d’un passé révolu, sont là pour le prouver. De plus l’action se déroule dans la ville de Détroit, capitale mondiale de l’automobile. C’est la revanche personnelle d’un homme au physique impressionnant sur des individus au corps malingre. Sa femme lui a été enlevée par un dermatologue bedonnant et châtré et un nouveau voisin vient le narguer depuis les marches du perron de sa demeure cossue, à défaut de pouvoir le faire du haut de sa stature. La prise de conscience de Ray se déroule lorsque ces rôles de « dominant/dominé » sont sur le point d’être inversés. Alors qu’il répare le toit éventré de sa maison, il marque enfin son territoire en ordonnant à son voisin de ne pas empiéter sur sa propriété, avant de clore la discussion par des invectives.

Ironiquement, c’est la rencontre avec une intellectuelle défraichie, héritière d’une époque révolue, celle de la contestation et de la sexualité sans entrave, qui va servir de carburant au décollage de la fusée « Big Donnie ». Ray utilise ce pseudonyme imagé pour lancer sa nouvelle carrière de « cover-boy ». En cela, les deux acteurs qui interprètent les rôles masculin et féminin sont de parfaits archétypes. Si Thomas Jane endossait le costume de l’anti-héros « crypto-fasciste » de la « Marvel », « The Punisher », dans l’adaptation cinématographique du même nom, on se souvient de Jane Adams qui tenait celui de « Joy », dans le film de Todd Solondz « Happiness ». Ce personnage est similaire à celui de Tanya, une « baba-cool » complètement dépassée par la situation. Sauf que dans « Hung », Tanya est, elle aussi, sur le point de prendre sa revanche sur le monde moderne des « Yuppies », en devenant, en quelque sorte, la « proxénète » de Ray.


Le pilote contient une magnifique scène charnière - d’autant plus efficace qu’elle est muette - celle dans laquelle la maison de Ray est dévorée par les flammes. Le spectateur assiste à un passage en revue de l’existence du protagoniste, à travers des photos jaunies prises à différents âges et dans ses œuvres sportives. Ray était alors pleinement acteur de sa vie et non pas simple spectateur, comme c’est le cas à présent. Cette séquence représente la parfaite illustration que la télévision est un média visuel et qu’« une image vaut toujours mieux qu’un long discours ».

A sa décharge, le défaut majeur que l’on peut attribuer à cette série prometteuse est justement d’être un peu trop bavarde. La voix « Off » de Ray Drecker est utilisée de façon trop présente pour expliquer les raisons qui l’on conduit à sa situation actuelle. A la manière des « matriochkas », le pilote est un immense « flash-back », qui contient d’autres scènes du même type.

A sa défense, la force majeure de « Hung » est de dépeindre une galerie de personnages qui se situent très loin des clichés habituels ; ceux d’individus parfaits, notamment sur le plan esthétique. Darby et Damon n’ont pas hérité du matériel génétique de leur père et c’est peu dire. La sœur aînée et son frère possèdent des physiques plutôt ingrats. De plus, le spectateur subodore que les clientes qui vont faire appel aux services sexuels de « Big Donnie » ne vont pas davantage correspondre aux canons de la beauté en vigueur. Sinon, elles n’auraient pas besoin de composer son numéro de téléphone.


En résumé, si le pilote comprend quelques errements très légers et certaines longueurs, notamment dues à un verbiage trop présent, il possède, en revanche, un excellent potentiel scénaristique, des situations prometteuses et des personnages truculents. J’ai vraiment accroché au propos assez original développé dans cette série. D’autant plus que les choses vont vraiment bouger dès le second épisode, quand Ray Drecker fera intervenir son alter-égo, « Big Donnie ».


Après les nombreuses productions télévisuelles récentes proprement calamiteuses, « HBO » nous offre enfin un « show » digne de ce nom. Je serais présent dès le prochain rendez-vous que Ray et Tanya, et tout le petit univers de « Hung » nous donneront. J’espère que la série ne connaîtra pas le triste sort de « The Riches », autre production du « showrunner » Dmitry Lipkin, qui avait difficilement atteint la deuxième saison.


A signaler que le pilote à été réalisé par Alexander Payne, à qui l’on doit l’intelligent « Sideways ». Il est également producteur exécutif sur la série. Le personnage de Ray Drecker rejoint d’ailleurs énormément celui de Jack Cole, sur de très nombreux points. Le physique des acteurs, Thomas Jane et Thomas Haden Church est, lui aussi, très proche.


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