L’univers télévisuel de l’Oncle SAM s’est fendu d’une nouvelle série dont l’action se déroule dans le microcosme hospitalier. Après nous avoir offert une kyrielle de programmes dans lesquels la vedette était tenue par des médecins, les scénaristes-producteurs américains - champions du monde en la matière - changent leur stylo de main. Avec ceux des différents « pouvoirs », le monde médical semble être une niche très apprécié du téléspectateur. Comme ce dernier n’aiment pas les redites ou, du moins, jusqu’à un certain point, et qu’il est friand de nouveautés, les « showrunners » ont trouvé un autre angle d’attaque pour aborder ce sujet : les infirmières.
Est-ce l’effet de l’élection d’un nouveau président - noir, de surcroît - à la tête du pays, je l’ignore, mais les obscurs, les petits, les sans-grades sortent de l’ombre et sont à l’honneur. Au placard les généraux orgueilleux qui paradent, place à leurs soldats qui cessent enfin de se ranger en ordre de batailles ! Après « Showtime » et son caustique « Nurse Jackie », c’est au tour de la chaine « TNT » de nous offrir un show de facture plus classique avec « HawthoRNe ».
Le rôle de l’infirmière-en-chef, Christina Hawthorne, est tenu par la multicarte Jada Pinkett Smith, autrement dit Madame Will Smith. Hormis son métier d’actrice, celle-ci est réalisatrice, productrice, chanteuse-compositrice et femme d’affaires.
Le « showrunner » de « HawthoRNe » n’est autre que John Masius, déjà à l’œuvre sur l’excellent « Dead Like Me » ou sur le lénifiant « Les Anges du Bonheur ». Le créateur revient à un sujet de prédilection, le monde médical. Il a œuvré sur des séries comme « St. Elsewhere » ou, dans une moindre mesure, sur « Providence ». A l’origine, la série devait s’intituler « Time Heals », (« Le Temps Guérit Tout »). La série - rebaptisée judicieusement « HawthoRNe » - permet d’intégrer le « RN » de « Registered Nurse », c’est-à-dire « Infirmière Diplômée », dans son titre.
Dès l’introduction du pilote, la caractérisation du personnage principal est menée tambour-battant. Comprenez : le protagoniste se définit par ses actes et non par ses paroles. Dérangée au plus profond de la nuit par l’appel de détresse d’un malade suicidaire, l’héroïne échevelée - et afro-américaine (il est très important de le préciser) - n’écoute que son bon cœur et se porte au secours du désespéré.
Il n’aura suffit que d’un très court plan-séquence pour que le spectateur comprenne que l’infortunée veuve a du mal à trouver le sommeil car son compagnon est décédé il y a peu. Elle passe en coup de vent devant l’urne funéraire contenant les cendres du défunt avant de quitter sa demeure, encore affublée des habits fripés de la veille.
Après un trajet en voiture, où l’on aperçoit les lumières de la ville, Christina arrive à destination. Elle franchit, de force, le poste de sécurité, alors qu’un nouveau garde consciencieux - ou buté, c’est selon - qui ignore sa fonction au sein du « Richmond Trinity Hospital » lui refuse l’entrée. Elle escalade en vitesse les marches qui la mène au toit de l’édifice et tente d’empêcher le suicidaire de faire le grand saut. En Vain ! Entre temps, elle aura croisé, devant l’hôpital, la route d’un personnage important de l’épisode, une SDF, noire elle aussi, tout comme le vigile et David sur le toit. Personnellement, j’ai trouvé cette succession de personne de couleur assez étrange et j’avais presque l’impression de me trouver devant un « Cosby Show » pas amusant.
La scène d’introduction, si elle n’est pas d’une très grande originalité et, il faut bien le reconnaitre terriblement efficace. Le générique est lui aussi très classique ; il nous présente les différents protagonistes évoluant dans leur environnement. En cinq minutes - montre en main - tout est dit. De manière efficiente, cette « mise en abyme » renseigne le téléspectateur sur ce à quoi va ressembler la suite des opérations.
A partir de là, tout est dit. Le reste de l’épisode est on ne peut plus prévisible. L’atmosphère générale est pétrie de bons sentiments bien mielleux qui dégoulinent, de gentilles amourettes qui se dessinent à l’horizon. Il est beaucoup questions de soldats méritants morts aux champs d’honneur et dont l’Amérique reconnaissante se doit d’honorer la mémoire. Ce qui est somme toute assez normale, puisque
Une infirmière blonde et particulièrement dévouée pratique une masturbation sur un malade appartenant au corps d’élite des « Navy Seals ». Le fait qu’elle a utilisé des gants chirurgicaux ne dérange néanmoins en rien le bienheureux bénéficiaire. Plus tard, l’infirmier de jour - moins attirant physiquement - mettra la vie du patient en danger. Il aura pourtant suivi les instructions d’une doctoresse revêche qui essaiera de rejeter la faute sur lui. Christina Hawthorne - fidèle à son tempérament fougueux et entier - prendra la défense de son collègue contre la femme médecin. Car Christina possède tous les attributs d’une vraie héroïne et n’est pas comme Jackie, une anti-héroïne.
Le pilote introduit aussi Camille, la fille de Christina, qui a l’air de suivre les traces de contestaire de sa mère, ainsi qu’Amanda, la belle-mère de l’infirmière, qui nous eclaire sur l’appartenance raciale de Michael, l’époux décedé.
Pour couronner le tout, et attendrir encore plus le téléspectateur, le scénariste nous fait le coup du petit bébé mignon. Isabel Walsh, la sans-abri de couleur, a mis au monde un petit garçon prénommé Moses (Moïse), tout un symbole. Le personnage est interprétée par Aisha Hinds alias « Miss Jeanette », la pharmacienne qui pratiquait le Vaudou dans « True Blood » et qui tenait le rôle de l'agent Loomis, l'informaticienne et alliée de Paul Ballard au sein du FBI dans « Dollhouse ».
Mon verdict, après avoir passé une journée aux urgences du « Richmond Trinity Hospital », est, qu’en dépit de son intrigue terriblement convenue, « HawthoRNe » est une série qui se laisse agréablement regarder. Le spectateur navigue en terrain balisé et il n’est pas pris en traître par des mines cachées dans le décor. Le final sirupeux, à l’image du reste de l’épisode, vaut aussi son pesant de cacahuètes. Mais après tout, il en faut pour tous les goûts.
Un petit retour en arrière sur la chaîne « TNT » (« Turner Network Television ») nous permet de nous apercevoir du chemin parcouru. Lancée en octobre 1988 par le magnat des médias, Ted Turner, elle a commencé à émettre avec le film préféré de celui-ci, « Autant en emporte le vent » (1939). L’œuvre, à la fois adulée et controversée, raconte « La guerre de Sécession » du point de vue des Sudistes. Avec sa nouvelle production médicale « HawthoRNe », le vieux Ted nous démontre que les Afro-Américains peuvent tenir d’autres rôles que ceux de femmes de chambres soumises et autres esclaves obéissants de la plantation de coton de Tara (1).
« Nurse Jackie » hier, « HawthoRNe » aujourd’hui, trouverais-je encore le courage d’écrire la notule concernant « Mental » demain ? C’est moi qui vous le dis, avec tout ce personnel du corps médical, « On va être bien soigné » !
(1) Tara Thornton, la meilleure amie noire de Sookie Stackhouse dans « True Blood » a ainsi été ironiquement prénommée par sa mère. Elle le fait remarquer pour signifier combien sa génitrice l’apprécie.
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