vendredi 10 juillet 2009

« The Philanthropist » : « Paris » (1x03)


De passage à Paris pour conclure un important contrat avec le gouvernement français, le trio - composé du milliardaire Teddy Rist, de son associé Philip Maidstone et d’Olivia, l’épouse de ce dernier - séjourne dans l’un des palaces les plus luxueux de la capitale, le
«
Louis XIV ». Dans ce cadre cossu, Olivia rencontre une amie qui vit de ses charmes et qui a contracté, auprès du directeur de l’établissement, d’importantes dettes. La « call-girl » (jouée par l’ex-« Miss France » Linda Hardy) se confie à l’Américaine - et à un Teddy Rist qui vient se joindre à la conversation - sur ce qui se trame dans les coulisses de l’hôtel cinq étoiles. Un important trafic sexuel s’y déroule, avec l’assentiment du gérant et de nombreux notables, dont le Ministre des Transports Français (carrément n° 1 !). Peu après, elle fera une chute vertigineuse à travers la verrière qui donne sur l’immense salon. Entre temps notre philanthrope a rencontré une prostituée de luxe moldave qu’il décide d’aider. La jeune femme lui a confié que des membres de la maffia locale détiennent sa jeune sœur, ce qui oblige l’expatrié malgré elle à vendre son corps.

Après le Nigeria et la Birmanie, notre bon samaritain visite un autre pays du tiers-monde, la France. En effet, le comportement désastreux de certains membres de son élite, aidée par les pandores locaux, ne diffère pas de celui que l’on rencontre dans des pays sous-développés dans lesquels règne la corruption. Pour la troisième fois, cette nouvelle série de la chaîne « NBC » nous dévoile une intrigue complexe, mais que notre généreux milliardaire - aidé de son seul garde du corps « courageux mais pas téméraire » - résout avec une facilité déconcertante.

En dépit des qualités intrinsèques du programme - dont l’excellente prestation scénique des acteurs, à commencer par celle de James Purefoy, « Le Philanthrope », himself - je n’arrive toujours pas à accrocher au propos altruiste développé dans la série. Les créateurs comptent d’ailleurs énormément sur cette qualité pour faire passer la pilule. Sans le casting de choix, « The Philanthropist » s’écroulerait comme un château de cartes.

La motivation du protagoniste est évidente, et elle est d’ailleurs réitérée à chaque épisode par son meilleur ami, Philip Maidstone : « En atténuant la peine des autres, Teddy Rist tente d’amoindrir la sienne, celle de la mort de son fils, dont il se sent responsable ». A mon avis, cette seule explication n’est pas suffisante pour légitimer la prise de risque constante que le riche Américain affronte à chaque « mission humanitaire ». Car Teddy Rist est une mini-ONG à lui tout seul ! L’homme d’affaires à un besoin constant d’éprouver une dose d’adrénaline et de sentir le souffle roque du danger sur sa nuque. J’irais même plus loin, Teddy Rist est un « Don’t fear the reaper » de la pire espèce. Ce comportement impétueux est constamment refréné par son cerbère, qui personnellement tient à la vie, et son meilleur ami, soucieux de leurs affaires et qui le rappelle toujours à la raison. A son niveau, cette exigence relève carrément de la pathologie. Il est évident que si notre homme se contentait de pratiquer le saut à l'élastique ou un sport extrême de même nature, l’intrigue serait réduite à néant.

Comme je l’ai spécifié à plusieurs reprises dans diverses notules, « Une histoire raconte l’évolution d’un personnage ». Il est intéressant de noter que Teddy Rist retient les leçons que l’existence lui inculque. Ainsi, à la fin de « Paris », notre sémillant Américain propose à une charmante hôtesse de l’accompagner, avant de retirer son offre. Teddy Rist sait désormais, après son aventure française, que derrière les belles apparences de ces femmes qui vendent leurs corps, se cache la sordide réalité de leur âme en souffrance. Si dans le pilote de la série (« Nigeria - Part 1) », le milliardaire égaré se réveillait, en pleine nuit, à côté du corps nu et langoureux d’une jeune femme dont il avait monnayé les charmes, en ce qui le concerne désormais, ce genre d’aventures charnels ne risque plus de se reproduire.

J’ai pu noter un autre paradoxe amusant et symptomatique de la mentalité « m'as-tu vu ? » du protagoniste. Après avoir permis l’arrestation du Ministre des Transports, Yves Moehringer (interprété par Lambert Wilson), Teddy Rist est reçu en catimini par le premier ministre français (carrément n° 2 !). Ce dernier délivre la légion d’honneur au milliardaire (carrément n° 3 !). Ce qui est appréciable avec « The Philanthropist », c’est que la série ne fait pas du tout dans la démesure. Non ! Non ! Par politesse, Teddy Rist accepte « la plus haute décoration honorifique » pour ne pas froisser le dignitaire, mais il la donne à son ami Philip, qui se propose de la remettre à son fils de cinq ans, Terry. Cette offre désinvolte est tout de même un camouflet adressé au gouvernement français par l’intermédiaire d’une œuvre de fiction télévisuelle.

On comprend d’autant mal cet élan de modestie de la part de Theodore Carl Rist. En effet, lors de la séquence de « Flash-back » - qui court sur l’ensemble de l’épisode et qui permet au héros de narrer ses péripéties - ce dernier n’hésite pas à se vanter, auprès du « numéro deux » de l’état français, du courage et de la détermination qui le caractérisent. Il faut bien reconnaître que le choix du récit, à la première personne - voire la troisième, dans l’épisode deux, « Myanmar » - est incompréhensible. Pourquoi les scénaristes ne racontent-ils pas l’histoire de façon linéaire sans faire appel à ce procédé qui n’apporte strictement rien, hormis d’accomplir le panégyrique du héros ?

Son acte messianique accompli, « The Philanthropist » quitte le lieu du délit dans lequel justice a été rendue. Le générique de fin permet de délivrer le message holistique d’amour universel qui sous-tend la série. Le milliardaire omniscient dévisage le téléspectateur alors que la caméra s’éloigne dans un faux plan séquence qui survole le globe terrestre en rotation. Nul pécheur n’est à l’abri du courroux de T.C. Rist et en tant qu’espèce humaine, nous formons un seul et même individu.

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