jeudi 24 septembre 2009

« Eastwick » : « Pilote »


Roxanne Torcoletti, Joanna Frankel et Kat Gardener sont trois femmes qui vivent à Eastwick. Ce charmante petit hameau de la Nouvelle-Angleterre s’enorgueillit d’exister depuis 1603. Le jour de l’anniversaire de sa création, les trois femmes - au parcours personnel différent -trouvent chacune une pièce magique. Autour de la fontaine à vœux - au centre de laquelle s’élève un trio féminin qui farandole - elles vont lancer simultanément leur écu en l’air, fermer leurs yeux et faire un vœu. Au même moment, une conteuse - qui fait la lecture à des enfants assis autour d’elle - est attaquée par une colonie de fourmis qui r
emontent le long de ses jambes.

Les trois femmes, qui jusqu’à présent, se regardaient en chien de faïence - séparés qu’elles étaient par les convenances sociales - vont devenir les meilleures amies du monde. Le Diable, qui jusque-là animait le drame en coulisses, va faire une entrée remarquée sous les traits d’un quadragénaire arrogant et dominateur, le milliardaire Darryl Van Horne.

Débuter la critique d’une nouvelle série sans trop savoir ce que l’on va pouvoir écrire est un très mauvais signe. Pour ne pas avoir visionné le film éponyme qui met en scène Cher, Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer, dans le rôle des sorcières et Jack Nicholson, dans celui du Diable, je ne peux établir aucun parallèle entre la série « ABC » et la fable cinématographique réalisé par George Miller (« Mad Max »). J’imagine, sans trop de mal, que la première propose une version terriblement allégée de la seconde.

Sympathique et colorée, le pilote de « Eastwick » bénéficie d’un casting attrayant, rehaussé par la présence de la magnifique Rebecca Romijn (« Mystique» dans « The X-Men »). Avec ses formes voluptueuses et son esprit rebelle, l’actrice interprète le rôle de Roxanne Torcoletti, une artiste bohème et indépendante. Ses deux nouvelles amies sont plus ternes et effacées. Kat Gardener est une mère de famille nombreuse, mariée à un homme frustré et agressif et Joanna Frankel compose une journaliste timide, qui travaille sous la férule d’un patron de presse despotique. Darryl Van Horne ressemble à un J. R. Ewing (« Dallas ») jeune, et avec ses mimiques complaisantes, il fait penser à un gros chat châtré et satisfait.

Le duo formé par Joanna Frankel, la journaliste timide de la « Eastwick Gazette » et Will St. David, l’homme dont elle est amoureux, rappelle à dessein une Lois Lane asiatique et un Clark Kent (« Superman ») blond, doté d’un appareil photographique.

Paradoxalement, si je ne peux décemment pas me répandre en louanges, j’ai regardé le pilote de « Eastwick » avec une certaine délectation. Avec ses portraits de femmes qui s’émancipent de l’autorité masculine, la série s’adresse, avant tout, à un public féminin, ces fameuses ménagères de moins de cinquante ans qui, coincées entre un emploi ennuyant et un mari bedonnant, rêvent encore au Prince Charmant.

Ce beau diable de Darryl Van Horne est la métaphore du vent du changement qui souffle sur la vie terne des trois jeunes femmes. Il va les libérer de leur condition féminine aliénante et leurs permettent de réaliser leur potentiel enfoui. Darryl Van Horne peut aussi être perçu comme un personnage « obamien » qui délivre son message positiviste, «Yes, You Can ! ». Comme toute histoire digne de ce nom, la série - néanmoins moralisatrice - stipule qu’il y a un prix à payer. Une fois leur vœu exaucé et leurs pouvoirs acquis, les trois femmes s’aperçoivent que la gratification est à double tranchant, à la fois opportunité et malédiction. Roxanne, qui rêvait d’être voyante, est plongée dans des rêves prémonitoires effrayants, Joanna dirige la volonté de son entourage et Kat donne forme à ses pensées les plus destructrices.

Si pendant la plus grande partie de l’épisode, les créateurs nous délivrent un message lénifiant, les choses commencent à se corser vers la fin. Mia, la fille adolescente de Roxanne, est à deux doigts de se faire violer, Kat électrocute son mari par le biais d’un éclair tombé du ciel et Joanna, pris de remords, s’aperçoit qu’elle ne peut manœuvrer les sentiments de son amoureux. Le Diable, patient et manipulateur, montre enfin son vrai visage, ses paroles conciliantes et ses actes amicaux ne sont pas, comme on s’en doutait, totalement désintéressés.

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