Nouvellement diffusée sur les antennes de la chaîne « FX », « Louie » est une série qui met en scène une version fictionnelle de Louis C.K., un humoriste de « Stand-up comedy ». L'individu - qui possède de nombreuses cordes à son arc - est également scénariste, acteur, producteur, réalisateur et consorts.
A l'inverse de la majorité des programmes formatés - présents sur la plupart des « networks » américains - il est quasiment impossible, pour le téléspectateur, de ranger « Louie » dans une case spécifique. Et c'est justement cette difficulté qui rend ce programme si passionnant à visionner. Le budget minimaliste octroyé au « show » lui permet de se libérer des carcans créatifs. Du coup, cette liberté apporte un véritable vent de fraicheur dans le domaine étriquée de la série actuelle, même – s'il faut bien le concéder - son atmosphère est comme fortement nimbée par les effluves d'un désodorisant de marque « discount » !
Mais penchons-nous sur la personnalité du protagoniste ! La quarantaine et fraichement divorcé, Louie élève seul - mais en père responsable - ses deux petites filles aux cheveux blonds. Le soir venu, l'artiste se rend au « Comedy Cellar », une salle de spectacle dans laquelle l'auditoire – en plus d'apprécier l'humour dévastateur du comique – peut s'abreuver de boissons vraisemblablement alcoolisées.
Les intrigues développées au sein de « Louie » se situent à mi-chemin entre les élucubrations nombrilistes de Larry David, développées dans « Curb Your Enthusiasm » - son programme « HBO » - et les déambulations mémorielles d'Harvey Pekar, le créateur de « American Splendor » - son « comic book » semi-fictionnel pour adultes. Shari Springer Berman et Robert Pulcini - le duo de réalisateurs - a d'ailleurs retransposé, à merveille, l'atmosphère douce amère de l'œuvre de l'artiste de Cleveland, dans leur excellent long-métrage éponyme.
Si l'action de « Louie » se déroule dans la « Big Apple » ; en visionnant cette série, le public se retrouve transporté à des années-lumières de l'atmosphère factice et « bourgeois-bohème » de la guimauve cinématographique que représente le film « New York, I Love You » ! Notamment produite par « Vivendi Entertainment », cette co-réalisation internationale – outre d'imposer ses clichés sirupeux de la mégalopole, vu à travers le regard amorphe d'un Bernard-Henri Levy – ne donnait vraiment pas envie au spectateur de traverser l'océan Atlantique pour (re)découvrir « la ville qui ne dort jamais » !
Au contraire, l'ambiance franchement populaire – voire prolétarienne – dans laquelle le personnage de Louie évolue – plus proche de certaines œuvres filmiques d'Amos Kollek ou de Jim Jarmusch – enthousiasme le public. Louie se nourrit de pizzas graisseuses et de sodas exagérément sucrés, voire de canettes de bières éclusées à gogo. Sa bedaine proéminente – qui émerge de sa silhouette empâtée, telle l'iceberg qui a coulé le « Titanic » - est là pour l'attester.
Dans l'intrigue du « pilote », Louie chaperonne – en compagnie d'une autre parent d'élèves - une sortie scolaire, en autobus, dans le Bronx. La balade organisée se transforme rapidement en « équipée sauvage », lorsque les intéressés découvrent que le chauffeur afro-américain du véhicule fait preuve - à l'égard de sa mission sacerdotale - d'un « je-m'en-foutiste » total. Sur la scène du « Comedy Cellar », l'artiste cynique en profite pour fustiger le système scolaire américain, dans lequel les élèves sont quasiment livrés à eux-mêmes. Dans sa seconde partie, Louie – esseulé – décide de se jeter à l'eau et organise un rendez-vous galant avec une jeune femme hystérique, égoïste et grincheuse.
La trame narrative de « Poker/Divorce » débute par une désopilante partie de poker, durant laquelle Louie et ses amis évoque le thème de l'homosexualité masculine. Si la majorité des protagonistes - réunis autour de la table - appartiennent à la communauté hétérosexuelle, un représentant de l'univers « gay » s'y trouve également ! Une curiosité – parfois malsaine - pousse l'assemblée à mitrailler ce dernier de questions, concernant ses pratiques sexuelles, les lieux de rencontres où il se rend pour trouver des partenaires, les tendances actuels dans le domaine, etc.
Si, autour de la table, certains joueurs sont hilares, d'autres – en revanche - ont le coeur au bord des lèvres. La conversation prend une tournure solennelle, lorsque le joueur de poker gay – questionné par la tablée - aborde l'étymologie du terme péjoratif « Faggot » ! L'expression se rapporte à l'époque de l'inquisition, durant laquelle les homosexuels - tels des fagots de bois liés ensemble – étaient brûlés collectivement sur le bûcher !
En deuxième partie de rendez-vous, l'esprit de Louie vagabonde dans le passé, alors qu'il vient de retrouver « une boite de pandore », rempli de souvenirs. Il se remémore alors le visage de Tammy Wickilinis - un amour de jeunesse – qu'il retrouve, sans trop de difficultés, grâce à la magie de « Facebook ». Même si le poids des ans a laissé une marque indélébile sur la quadragennaire - désormais mariée et mère de famille - Louie – poussé par des sentiments irrépréhensibles, mais surtout par un instinct animal qu'il avait été incapable d'exprimer adolescent – se jette sur Tammy, telle une bête sauvage.
Le troisième épisode de « Louie » - intitulé « Dr. Ben/Nick » - devrait être disponible dès le six juillet prochain. Après avoir été emballé par la verve et la fraicheur des deux premiers rendez-vous de ce « show » - situé hors des sentiers battus - la vision du prochain opus s'impose comme une évidence !
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